La pomme d’Adam et Eve

Si l’on s’en réfère à l’imagerie populaire, c’est une pomme qu’Adam et Eve auraient croquée, à l’incitation du serpent, qui aurait conduit Dieu à les renvoyer du jardin d’Eden !

Eh bien non, dans la Bible, le texte de la Genèse ne parle ni de pomme, ni de pommier. La célébrissime pomme est totalement absente ! Il y a bien un fruit défendu : « de tous les fruits du jardin vous pourrez consommer, mais de l’arbre de la ­connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas. Car du jour où tu en mangeras, sûrement tu mourras » (Genèse 2, 17) prescrit Dieu à l’homme.

Et le serpent rusé sème le doute dans l’esprit d’Eve, qui prend le fruit, le mange, en donne à son mari ; la première conséquence est qu’ils se rendent compte qu’ils sont nus et s’habillent. Bien sûr, Dieu qui se promène dans le jardin d’Eden, le remarque et comprend tout de suite qu’ils ont mangé le fruit de l’arbre. Dieu les punit tous les trois, serpent, homme, femme et les chasse du jardin d’Eden. Au passage, ce n’est pas une bien grosse punition mais plutôt une description du statut de la réalité humaine pour l’homme et la femme et animale pour le serpent. Je résume, bien sûr, mais qu’ont voulu dire les sages israélites qui ont écrit ce récit au VIIe-VIe siècle avant JC ?

Ce qui est frappant dans ce texte, c’est que l’homme et la femme vont commencer à parler, la femme au serpent d’abord, puis le premier dialogue va s’instaurer entre Dieu, l’homme et la femme. C’est un peu comme si, à travers l’expérience de braver l’interdit, l’homme et la femme passaient du statut de petit enfant à celui d’adulte, qui découvre qu’il n’y a pas de vie sans mort (cf. « sûrement tu mourras ») et pas de vie humaine sans liberté de choisir le bien et le mal. L’homme et la femme sont expulsés du monde des Bisounours (pardon, du jardin d’Eden) pour construire eux-mêmes leur vie dans un réel concret qui intègre la mort, le bien et le mal.

Plus tard, dans le livre du Deutéronome (30,15-20), Dieu donnera sa loi à Israël pour le guider avec toujours ces mots : « Je mets devant toi la vie et le bonheur, la mort et le malheur… Tu choisiras la vie pour que tu vives … en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix et en t’attachant à lui ».

Nous pouvons continuer à croquer les pommes à pleines dents, ce n’est pas un fruit défendu !

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