La Sainte Chapelle retrouve sa splendeur

En ce huit centième anniversaire de la naissance de saint Louis, comment ne pas évoquer la Sainte-Chapelle, la plus belle réalisation architecturale de son règne avec ses magnifiques vitraux qui viennent d’être restaurés ? Louis IX a acheté à prix d’or à Baudouin II, dernier empereur français de Constantinople de précieuses reliques de la passion du Christ : la couronne d’épines, un morceau de la vraie croix rapportée par sainte Hélène, un élément de la lance et de l’éponge. Il fallait à ces trésors un somptueux écrin : ce sera la Sainte-Chapelle. On dit que pour l’acquisition de ces reliques, plus quelques autres du Christ et de la Vierge et la confection de leur châsse, il a dépensé plus du double de ce que coûtera la Sainte-Chapelle ! C’est au cœur du Palais de la Cité, à l’emplacement de l’ancienne chapelle « Saint-Nicolas-du-Palais » qu’est édifiée la nouvelle, probablement sous la direction de Pierre de Montreuil. Elle sera consacrée en 1248, juste avant le départ du roi et de la reine pour la croisade décidée suite à la prise de Jérusalem par les Turcs.

Cette nouvelle chapelle se compose en fait de deux lieux de culte : au rez-de-chaussée celui dédié à Notre-Dame, destiné aux gens du roi et aux habitants de la cour du Palais, l’autre à l’étage, écrin de la Couronne d’épines et de la vraie Croix, pour la famille royale ; on y accédait directement par un couloir depuis les appartements du roi. Louis XI, pour mieux se recueillir sans être vu, fit ajouter, sur le flanc sud de l’édifice, un oratoire d’où il pouvait suivre les offices, à travers une grille.

Une innovation architecturale

Cette chapelle haute, beaucoup plus élevée, est un chef d’œuvre du gothique rayonnant et par la dimension de ses verrières, une véritable innovation architecturale. Pour la première fois, on ose ajourer complètement les murs au profit d’immenses verrières sans établir d’arcs-boutants mais seulement de minces piliers servant de contreforts. L’édifice a l’air bien fragile pourtant il a résisté sept siècles sans une seule fissure !

Outre la charpente en bois recouverte de plomb, trois fois détruite par le feu, l’édifice supporte une flèche qui s’élève à 75 m au dessus du sol ; à son sommet, un ange en plomb qui jadis, grâce à un mécanisme d’horloge, présentait la croix aux quatre coins de l’horizon. A l’intérieur, les statues des douze apôtres adossées aux colonnes complètent la décoration très raffinée, mais malheureusement la Révolution sacrilège a détruit un nombre considérable d’objets précieux dont un buste en or de saint Louis et la châsse dont les principales reliques ont été sauvées et sont conservées à Notre Dame.
Les vitraux retrouvent leur splendeur

Les quinze somptueuses baies vitrées de la chapelle haute de plus de 15 mètres, représentant des fleurs de lys, des scènes de couronnement, de croisades ou des épisodes bibliques méritaient bien une restauration. Victimes de la pollution atmosphérique à l’extérieur et de la condensation de l’air à l’intérieur, les deux cents panneaux composés de quarante six mille pièces de verre ont été soigneusement démontés et ce fut une prouesse, vu leur hauteur et l’état précaire des structures en fer (barlotières) et des plombs. Tous les éléments sont portés en laboratoire pour subir une méticuleuse analyse afin de définir la nature précise des dépôts polluants et le traitement à appliquer. Le travail très méticuleux se fait tout simplement à l’aide de compresses, éponges et cotons tiges imbibés de solvant et de résine polymère pour ceux qui sont cassés ; il a été réalisé dans deux ateliers différents (à Tours et en Eure et Loir) par dix restaurateurs et a représenté huit mille heures de travail !

La dernière tranche initiée en 2008 s’achèvera fin 2014. Le budget total de dix millions d’euro a été pris en charge par l’Etat et les fondations Velux.

En ce huit centième anniversaire de la naissance et du baptême de saint Louis à Poissy, nous ne pouvons qu’imaginer la splendeur des offices célébrés dans sa Sainte-Chapelle, principalement le Vendredi saint lorsque le roi montait prendre la couronne d’épines pour la présenter à la vénération de l’assistance et par une fenêtre, à la foule massée dehors.

Aujourd’hui, ce sont principalement les hommes de loi et les visiteurs, près du million chaque année, qui fréquentent ce joyau du XIIIe siècle ayant miraculeusement survécu aux outrages du temps, des guerres et des révolutions ; que saint Louis en soit remercié.

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