Dissertation sur une peinture

C’est un tableau qui représente

Un vieux village abandonné,

C’est un tableau qui représente…

Quel tableau de l’heure présente ?

 

Là, tout près, un ruisseau, plutôt une rivière

Qui roule lentement son flot silencieux

Parmi des peupliers dont la tête altière

Se dresse vers les cieux,

Et c’est un jour d’automne où les matins sont gris,

La pluie a dû cesser il y a moins d’une heure,

Les nuages encor planent sur le pays

Leur empreinte y demeure,

La forêt aux lointains dans le brouillard s’infuse

Il faut la deviner plutôt qu’on ne la voit,

C’est un matin d’automne à la lueur diffuse

(c’est un matin… ? Je crois !)

 

Et là, tout près de la rivière,

Tout près de ces grands fûts aux feuillages jaunis

Et cherchant en leur ombre à cacher sa misère,

Gît un petit village aux jours indéfinis,

C’est un matin d’automne à l’automne d’un monde,

(c’est un matin, disais-je… ou ne serait-ce un soir ?)

Il n’est âme qui vive à trois lieues à la ronde,

Il n’est âme qui vive à part…vous pouvez voir

Là, près de la rivière et remontant l’allée,

Regagnant pas à pas son sinistre hameau,

Le dernier habitant dont l’allure accablée

Parle sans dire un mot.

 

Le vieillard est donc là, resté seul au village

Recouvert du linceul de tant de souvenirs :

Serait-ce pour donner l’exemple du courage

Qu’il ne le quittera même pas pour mourir,

Ce bourg ayant été témoin de son jeune âge…

Et qu’importe l’hiver qui va bientôt venir ?

 

Mais pourtant ce pays doit être par temps clair,

Même au cœur de l’automne,

Poétique et charmant ! Que ne s’y peut-on plaire ?

Je le demande au peintre,

Car son tableau m’étonne !!

 

Georges Rabaroux, 16 mai 1970

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