Les Esseniens, contemporains de Jésus

Dans son livre la “Guerre des Juifs” publié vers 75-79 et destiné à ses alliés romains, Flavius Josèphe, homme politique et historien juif, décrit les trois principaux mouvements religieux : les Saducéens, les Pharisiens et les Esséniens. Les deux premiers sont abondamment cités dans les évangiles, rédigés sensiblement à la même époque. Le dernier n’y est jamais mentionné. Surprenant ! Qui étaient ces Esséniens si mystérieux ?

 

Il y a effectivement un mystère au sujet des Esséniens, car aucune organisation ne se reconnaît sous cette appellation. Pourtant, outre Flavius Josèphe, Philon d’Alexandrie, auteur juif du début du 1er siècle, Pline l’ancien, écrivain romain et quelques Pères de l’église les mentionnent dans leurs œuvres. Des mentions très succinctes d’ailleurs, mais autour desquelles l’imagination a brodé au cours des siècles et jusqu’à nos jours. La découverte de “manuscrits de la Mer Morte”(1) entre 1947 et 1956, près de Khirbet-Qumrân, attribués aux Esséniens, a soudainement donné une grande notoriété à cette mouvance. 

 

A en croire les auteurs anciens cités précédemment, les Esséniens vivaient une vie communautaire, avec une optique de perfection. Leurs contemporains juifs les regardaient sûrement comme des gens pieux, voire saints, constituant un “parti de Dieu”. Ils furent, à leur origine, proches des Pharisiens. Cependant, comme le montrent ceux des manuscrits de la Mer Morte qui décrivent la doctrine de l’organisation, les Esséniens avaient pris une certaine distance avec le judaïsme sacerdotal lié au Temple.

 

Les recherches effectuées à Khirbet-Qumrân ont montré que les résidents étaient principalement masculins. L’établissement devait constituer un haut lieu du mouvement : centre de formation pour les plus hauts responsables, point de grands rassemblements occasionnels et lieu de sépultures. Mais il existait en Judée, en Samarie, en Egypte, des villages esséniens et dans quelques villes, comme Jérusalem, des quartiers esséniens, constituant des entités fermées, lieux d’une vie communautaire très structurée. Le célibat, comme option religieuse, était assez commun. Ainsi, en Egypte, près d’Alexandrie, au temps de Jésus, une communauté essénienne, décrite par Philon, vivait en laure : un mode de vie religieuse ascétique et solitaire, avec la seule journée du dimanche consacrée à la vie en commun. Ont-ils influencé les premiers ascètes chrétiens, égyptiens eux-aussi ?

 

Jean-Baptiste et Jésus ont-ils eu des contacts avec les Esséniens, leurs contemporains juifs ? Il serait curieux qu’il en fût autrement. Jean-Christian Petitfils(2) signale que le Cénacle, c’est-à-dire le lieu dans Jérusalem où eût lieu la Cène, quelques heures avant la mort de Jésus, était situé près de la porte des Esséniens, à Jérusalem, là où vivait cette communauté si particulière. Bien que Jésus lui ait donné une signification différente, le repas de la Cène a des points communs avec le rite principal de ce mouvement, tel que relaté dans les manuscrits de la Mer morte. Saducéens et Pharisiens ont polémiqué publiquement avec Jésus. Il n’est jamais question des Esséniens. Peut-être parce que ceux-ci gardaient leur enseignement secret et qu’un débat public n’avait aucune pertinence.

 

Les Esséniens avaient-ils d’ailleurs beaucoup de contacts avec les autres Juifs ? Pas certain. Ils étaient cependant admirés pour leur vie exemplaire, pour leur attitude pacifique, éventuellement sollicités pour leur art de la guérison. Leur aura culturelle a pu influencer la jeune église chrétienne de Jérusalem.

 

1- Huit cent soixante-dix manuscrits retrouvés, en plus ou moins bon état, dans onze grottes d’une falaise dominant la Mer Morte, comprennent de multiples exemplaires des livres de la bible hébraïque, mais aussi environ deux cents documents décrivant la règle de vie et la doctrine d’un groupement qui se désigne comme “Nouvelle Alliance”. Au moins une partie des documents vient du scriptorium d’un établissement tout proche, situé à Khirbet-Qumrân.

2- Jean-Christian Petitfils, historien et chrétien, a publié chez Fayard en 2011, “JÉSUS”, une enquête historique très documentée.

 

 

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