Voyager au Moyen-Age

L’annonce dans notre dernier numéro des Echos de l’exposition du musée de Cluny consacrée au voyage au Moyen-Age était un appel à découvrir pourquoi et comment se déplaçaient nos ancêtres, les us et coutumes du voyageur il y a plus de cinq cents ans. Il ne m’a fallu qu’une heure et demi en train et métro pour satisfaire ma curiosité… cela « méritait bien le voyage » croyez-moi ! Tout d’abord le lieu et la scénographie de l’exposition : dans le cadre du grandiose « frigidarium » des thermes gallo-romains de Cluny, le visiteur est invité à un parcours découverte qu’il peut emprunter en tous sens. Guidé par un astucieux montage en bois, j’ai pu contempler sans effort les objets et œuvres d’art qui me faisaient face, lire facilement les cartels et explications situés à bonne hauteur ; il faut en féliciter Michel Huynh, conservateur du musée de Cluny et commissaire de l’exposition.

Comme aujourd’hui, nos ancêtres avaient bien des motivations de voyage qui pouvaient être d’ordre spirituel : pèlerinage, ou matériel : commerce, découverte. Bien entendu le voyage différait selon ces motivations mais aussi les revenus. On allait « à pied, à cheval ou en voiture, plus exactement en chariot ». A pied et le plus souvent pieds-nus par mortification pour le pèlerin mais aussi par économie car les chaussures coûtaient fort cher, alors on les portait autour du cou ! Le voyage à cheval est évoqué à travers des mors, des selles, des étriers et de nombreux tableaux et sculptures comme le Christ des Rameaux, monté sur un âne ; il est vêtu d’un manteau rouge. Cette œuvre allemande du XVème siècle, en bois polychrome d’environ 1 m 20, n’est pas un jouet mais un élément de procession ; quatre roulettes à la base permettaient de haler sans difficulté le Christ et sa monture lors de la fête des Rameaux.

Les chariots servaient principalement au transport des marchandises.

Quant au voyage en mer, il est au centre de l’exposition avec la « pinasse » du musée de Bilbao qui servait au transport des marchandises. S’embarquer sur l’eau est souvent source de périls. La protection des saints n’est pas superflue et souvent évoquée sur des enluminures ou des tableaux : comme celui de la « légende de sainte Ursule » ou « saint Dominique sauvant des naufragés » (musée de Barcelone). Bien entendu les deux grands patrons des voyageurs et des pèlerins (saint Christophe et saint Jacques) sont à l’honneur. Si la protection des saints est indispensable une carte peut être nécessaire. Ainsi « le chemin de Rome de mille en mille » ou table de Peutinger, nous dévoile, grâce à une copie du XIIIeme siècle, les routes et principales villes d’Europe au temps de la domination romaine. Pèlerins ou colporteurs ne devaient pas l’emporter dans leur musette car le parchemin mesure 6 m 82 ! Dans le genre impressionnant « le Codex Amiatinus », bible latine de saint Jérôme, la Vulgate. Il ne s’agit pas moins de mille vingt-neuf feuilles (parchemin) de textes et enluminures reliés ensemble !

Les œuvres présentées sont fort diverses allant d’œuvres d’art aux objets les plus courants utiles au voyageur : coffres, chaises pliantes, chandeliers, bourses et même boites à jeux sans oublier croix, médailles, reliquaires et petits retables.

Achevons notre « voyage au Moyen Age » par le très émouvant rouleau des morts de saint Bénigne de Dijon. Il s’agit en quelque sorte d’un faire-part de décès d’un moine envoyé à toutes les abbayes de l’Ordre avec demande de prières. Illustré de peintures, il date du XVeme siècle et mesure plus de 8 m.

Impossible de ne pas s’émerveiller et même s’émouvoir en visitant cette exposition empreinte d’humanité et de spiritualité, à une époque heureuse où il n’y avait pas de séparation entre les deux.

Ghislaine Denisot

L’exposition du musée de Cluny est ouverte jusqu’au 23 février 2015

6 place Paul Painlevé, Paris 05, tel 01 53 73 78 21 et sur le site du musée

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