Economie, Finance, Ethique

 Dans sa récente exhortation apostolique intitulée « La joie de l’évangile », le pape François met singulièrement l’accent sur les inégalités dans la répartition de la richesse mondiale et rappelle que l’amour de Dieu et du prochain, fondement du christianisme, conduit à une « préoccupation… pour les plus abandonnés de la société ». Cet appel à l’action s’adresse aux grands décideurs économiques, mais n’est-il pas aussi un appel à chacun de nous pour devenir acteur de cette transformation nécessaire dans le sens évangélique ?

 

L’économie devrait produire, avec le moins de ressources humaines et matérielles possibles, les biens et les services dont l’humanité a besoin et la finance s’appliquer à irriguer la structure économique, pour faciliter les échanges et capitaliser le travail. Ce serait idéal ; la réalité est sensiblement différente.

L’économie et la finance ont pour moteur l’émulation et la concurrence ; une volonté de conquête qui peut aller jusqu’à l’affrontement. L’avidité pour l’argent et le pouvoir y trouve un terrain favorable. Heureusement, les passions constructives s’y manifestent aussi : le désir d’excellence, l’imagination créatrice, le sens de l’organisation, la volonté d’entreprendre, l’art de communiquer, la soif de collaborer, etc. Il y a donc ambivalence : vice et vertu s’y côtoient et il en sera toujours ainsi. L’économie est humaine.

Mais tous en attendent d’abord un travail suffisamment rémunérateur et si possible motivant. La répartition des richesses produites et l’accès au travail salarié ont connu des fortunes diverses. Chaque époque a fait face à des problèmes spécifiques et dû rechercher un équilibre entre efficacité entrepreneuriale et justice sociale. La nôtre n’y échappe pas. L’évolution technologique très rapide, source de supplément de productivité, la possibilité d’un commerce mondial à grande échelle, permettent aux plus grandes entreprises d’opérer sur un modèle transnational, hors d’une véritable gouvernance mondiale. Le pouvoir politique, dans l’incapacité de maîtriser les turbulences de cette mondialisation et les dérives récurrentes de la finance, s’en trouve affaibli. Les Français, comme les populations de beaucoup de pays économiquement développés, sont marqués par la perte des emplois industriels moins qualifiés et l’accroissement du chômage. Globalement, la société dans laquelle nous vivons est devenue compliquée et moins égalitaire (voir le tableau ci-joint, donnant, mondialement, la situation des disparités de revenus en 2009).

On se demande parfois qui dirige vraiment les nations. Un constat cependant : l’affaiblissement du pouvoir politique face aux puissantes sociétés multinationales donne plus d’importance au débat social entre les multiples acteurs de la société civile : employeurs, syndicats, médias, ONG(1), associations, etc., débat sur l’emploi et les rémunérations, mais aussi sur le respect de l’environnement, le développement durable, l’égalité hommes-femmes et quelques autres thèmes devenus questions de société et touchant l’économie.

Les catholiques interviennent aussi, comme le fait le pape François, dans ces débats de la société civile, pour rappeler, avec force, l’amour fraternel qui doit sous-tendre les relations économiques et sociales : respect de toutes les personnes, attention particulière accordée aux plus faibles, pour dénoncer les dérives actuelles, nombreuses et complexes, qui augmentent les inégalités, affaiblissent le lien social et le sens du bien commun.

Pour autant, l’évangile ne donne pas de modèle économique. Il y en a plusieurs à l’œuvre. La culture anglo-saxonne, dominante, accorde une grande place à la liberté d’entreprendre. Notre pays est attaché à la régulation administrative et à l’accompagnement social… Chaque modèle a ses avantages et ses inconvénients, y compris du point de vue de l’éthique. Et heureusement, à côté des grands trusts, opère une myriade d’entreprises de toutes tailles qui constituent, par leur vitalité et leur effet de proximité, la réalité la plus visible et la plus stable de l’économie. Leur rôle dans le lien social est déterminant. Il faut y ajouter les activités domestiques, associatives ou caritatives, si importantes, d’ailleurs injustement oubliées dans la quantification de l’effort économique(2).

Comme acheteur, on est aussi acteur direct de l’économie. En donnant la priorité à tel ou tel critère (prix, provenance, qualité, durabilité, mode, etc.), on influence statistiquement et irrémédiablement les choix d’investissement.

L’économie, sa vitalité, le respect de l’éthique, est l’affaire de tous. Nous en sommes les acteurs à de multiples titres.

 

  1.  ONG : Organisation Non Gouvernementale

  2.  Le PIB, mesure du Produit Intérieur Brut, ne prend en compte que les activités facturées.

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