Christophe Lartige, photographe, mais pas que…

Vous avez sûrement vu ses photos, elles font souvent la une des magazines télé, de « gala » ou servent pour des affiches de spectacles. Il a eu le privilège de croiser la route de nombre de celles et ceux qui nous font rêver : comédiens, chanteurs, artistes en tous genres. Nous vous proposons aujourd’hui d’aller à la rencontre de Christophe Lartige, photographe… et Gaillonnais.

 

Bonjour Christophe, merci d’accorder un peu de votre temps à nos lecteurs. Vous avez maintenant une solide réputation dans le monde de la photographie, comment avez-vous atteint cette notoriété ?

Avec du temps, du travail aussi, c’est un long parcours… Pendant dix ans, j’ai fait partie d’une compagnie de jazz vocal ; nous nous produisions en Seine-et-Marne, la région dans laquelle je vivais à cette époque, mais aussi lors de tournées d’été, au festival d’Avignon par exemple ; j’avais déjà dans la tête que ma voie se trouvait dans le domaine artistique. Un jour, un photographe est venu faire un reportage sur notre troupe ; j’ai sympathisé avec lui, c’est sans doute ce qui a provoqué le déclic (en photo c’est important, ndlr). Premier hasard, c’était l’année où le collégien que j’étais devait faire un stage scolaire … je l’ai effectué dans son atelier ; ce court moment passé au milieu des pellicules, des tirages papier, de ses reportages, sa liberté dans son quotidien, bref j’étais séduit. Fort de la découverte de ce métier, j’ai commencé à travailler à « la République de Seine-et-Marne », en tant que pigiste ; il faut préciser que, mes parents qui étaient très sceptiques quant à gagner sa vie dans le milieu artistique, m’ont conseillé une formation en comptabilité ; je suis donc photographe autodidacte.

Vous voilà donc dans votre élément, mais tout de même assez loin des vedettes que vous côtoyez maintenant…

Effectivement, et le chemin pour y arriver a été assez long. Il m’a d’abord fallu passer par des spectacles pour lesquels j’obtenais une accréditation pour faire des photos, mais sans avoir de réseau de diffusion ; puis est arrivé…le service militaire, obligatoire à cette époque. Et là encore le hasard (décidément ?) a voulu que je passe ces dix mois dans un département militaire qui éditait le magazine de la Direction Générale de l’Armement « Info DGA », un journal dans lequel j’ai croisé la route de Sébastien Raymond, un photographe qui travaillait pour l’agence Sipa, une des plus grosses agences mondiales de l’époque. Il était sur le point de quitter son emploi et a accepté de « m’introduire» auprès de la chef du service show biz, Francine Rubichon qui, malgré mon manque d’expérience, a bien voulu m’embaucher. J’ai donc commencé à travailler pour cette grande société dirigée par Goksin Sipahioglu ; je dois avouer que j’y faisais plutôt ce que les autres ne voulaient pas faire, puis petit à petit en prenant des risques, j’ai commencé à réaliser des photos en studio et sur des plateaux télé. A ce propos, si j’ai un message à faire passer aux jeunes qui liront cet article, c’est qu’il faut toujours oser, même si l’on n’est pas sûr, tant qu’on n’a pas des vies à sauver, toujours dire qu’on sait faire et on se débrouille après…

Donc, ça y est vous voilà dans le « grand monde de la photographie de presse », nous sommes à quel moment de votre carrière ?

Nous sommes en 1993, mais ce n’est pas encore gagné, si tant est que ça l’est un jour d’ailleurs. Donc, après les quelques expériences en studio, l’agence commence à me confier des tâches un peu plus valorisantes et c’est à cette époque que j’ai la chance de rencontrer et de photographier Michel Serrault, un personnage réputé difficile à « shooter » car très sollicité.

Encore une nouvelle étape qui m’a permis de faire vraiment partie des « photographes » de l’agence dans laquelle je suis resté dix ans. Pendant ces années, j’ai pu rencontrer un grand nombre de personnalités ; avec certaines d’entre elles, il s’est créé un vrai lien, une relation qui m’a servi lorsque le monde de la presse a commencé à perdre un peu de ses moyens ; il faut savoir qu’à une époque, Paris était la capitale mondiale du photojournalisme avec les trois plus grandes agences mondiales installées là…

Mais qu’est ce qui a fait que vous avez quitté l’agence Sipa, vous sembliez y être plutôt bien ?

La crise de la presse due notamment à l’évolution du numérique ; les agences sont toutes rachetées, beaucoup de journaux aussi quittent les mains d’amoureux de l’information pour celles de financiers… ça a été l’occasion pour moi de créer mon entreprise, CL2P (Christophe Lartige Picture and People). On peut dire que ça a été une époque charnière car c’est aussi, nous sommes au début des années 2000, à ce moment que je viens m’installer à Gaillon.

Gaillon ? Mais pourquoi Gaillon, lorsque, comme vous, on travaille avec tout ce que la capitale compte de « people » ?

D’abord avec ma femme maquilleuse, nous étions tous les deux natifs de la campagne et souhaitions y retourner après nous être fait un réseau professionnel à Paris. Nous adorons nos milieux mais l’équilibre pour nous c’est aussi mettre la main dans la terre loin des paillettes.

Eh bien là encore, le hasard (encore lui ?), celui d’une rencontre au cours d’une séance photo, avec David Douillet qui habitait alors Meulan. C’est lui qui m’a engagé à venir découvrir ce coin que je ne connaissais pas, et qui, je m’en rends compte maintenant, correspond assez bien à mon idée de vie. De Gaillon, j’ai continué à photographier des personnalités et à vendre mes photos à des magazines…

J’ai la chance de voyager beaucoup, en Afrique du Sud avec Ingrid Chauvin pour un reportage sur les guépards, à Montréal avec Nolwenn Leroy, en Arménie avec Stéphane Bern ou Patrick Fiori, au Vietnam pour « Faut pas rêver », en Russie avec Vincent Niclo…. Toutes les relations que j’ai pu établir au cours de mes années Sipa me permettent aujourd’hui de travailler beaucoup pour la télévision en plus de la presse ; j’y opère en tant que photographe de plateau sur des émissions ou des tournages de fictions. Ces photos servent ensuite à illustrer soit sur le web, soit dans les journaux, les articles concernant ces programmes.

Vous réalisez des photos qui font la couverture de nombreux magazines mais vous avez aussi une activité qui vous amène très près de la nature, pourquoi cet intérêt ?

J’ai toujours aimé la nature et les animaux et au cours de mes différentes séances de photo, ces dernières années, j’ai croisé le chemin de certaines personnalités, Lucie Lucas de la série « Clem », Fanny Agostini, ex-présentatrice de Thalassa et actuelle animatrice de « Génération Ushuaia », Hélène Medigue, réalisatrice de « On a 20 ans pour changer le Monde » qui ont en commun une grande proximité avec la nature et de grands engagements environnementaux. Elles ont sans doute fini de réveiller la fibre « engagé de Nature » qui somnolait en moi… c’est drôle comme les passions d’enfance vous rattrapent à un moment.

Et ces très belles photos de fleurs que l’on peut admirer sur votre site ?

Elles sont une fois encore, le fruit du hasard. Un matin où il faisait très froid, je suis allé dans mon jardin et ai été émerveillé par une petite pâquerette prise dans la gelée matinale. Je l’ai photographiée et vous connaissez la suite : une série de photos de végétaux réalisée uniquement dans mon jardin, « Les beautés de proximité » ou comment (re) découvrir des merveilles que l’on voit sans les regarder vraiment ; en plus, elles sont à notre portée juste à côté de nous… Il faut savoir regarder et se laisser surprendre par ce que nous propose la nature. Comme beaucoup de mes amis les trouvaient intéressantes, j’ai lancé un financement participatif (kisskissbankbank) pour m’aider à financer des grands tirages dans le but de les exposer. Le financement a été réuni, le projet a été parrainé par Pierre Rahbi, Nikos Aliagas ou Lucie Lucas et j’ai pu faire une première exposition dans un grand hôtel parisien juste avant cette pandémie…

Parlons un peu de votre engagement dans notre secteur, vous avez créé je crois une association ?

Exactement, je l’ai appelée « La nature au cœur ». Depuis que je suis à Gaillon, je me suis remis au jardinage, j’y trouve beaucoup de satisfactions, j’adore avoir les mains dans la terre, sentir son odeur et puis comme je vous le disais, fort de mes rencontres, j’avais envie de m’engager pour l’environnement. La municipalité avait un terrain en friche sans destination ; j’ai fait une proposition : la création d’un jardin pédagogique naturel et « L’eco-refuge de la Douaye » a vu le jour. Une belle zone verte en plein cœur du village ; j’y ai trouvé une façon concrète de m’engager à mon niveau pour mieux faire connaître et respecter la biodiversité de notre quotidien. Jean-Luc Gris et l’équipe municipale me font une confiance totale via mon association pour la gestion et le développement de ce projet.

Et que peut-on trouver sur ce terrain ?

C’est un sanctuaire pour la biodiversité. Nous y avons installé des nichoirs à oiseaux, planté une haie et des fruitiers, installé une boite à livres et un panneau d’affichage sur le thème environnemental, des composteurs, des panneaux pédagogiques sur la biodiversité. Nous avons semé des fleurs des champs pour les abeilles, relâché des hérissons sauvés par d’autres associations, le Parc Naturel Régional du Vexin Français (PNRVF) vient aussi y organiser des ateliers (le prochain en juin sur les animaux à sang froid) et la commune des journées d’échanges de plants et graines…

Je viens également de finaliser un budget avec plusieurs partenaires (PNRVF, mairie de Gaillon, So’BIO etic et 1% for the Planet), qui va permettre à l’association de mettre en place des expositions photo environnementales durant toute l’année ! Nous allons exposer tous les deux mois huit grands tirages d’un photographe du territoire. Que des photos, insectes, paysages, végétaux, batraciens, mammifères… faites dans le Vexin. Le premier photographe est de Oinville ; ses œuvres, des photos d’oiseaux, sont exposées depuis le 1er février. Ces expos sont en accès libre !

Je crois que vous intervenez aussi auprès des écoles du secteur ?

Nous avons commencé à travailler avec l’école primaire de Gaillon, les enfants ont mis en place un abri à insectes au sein de l’éco-refuge et sont venus décorer les arbres pour les fêtes avec des décorations faites avec des matériaux naturels ou de « recup » ; nous devons aussi faire un potager à l’école. Nous allons maintenant commencer un projet avec le collège. Il y a maintenant des « Ecodélégués », une trentaine pour celui de Gaillon, et le nouveau principal est très intéressé par notre Eco refuge et nos propositions. Nous avons plusieurs projets : un poulailler, un potager, un composteur, des nichoirs pour les oiseaux…

Mais ça ne s’arrête pas là, nous envisageons aussi des projections de film ou des expositions sur la nature. Bref, il y a mille choses à faire pour sensibiliser à la protection de notre environnement.

Bon, eh bien, je peux voir que votre temps est bien occupé, peut-être avez-vous quelque chose à ajouter pour nos lecteurs ?

J’ai été heureux de partager avec eux mon amour de la nature, je voudrais compléter en passant un dernier message : beaucoup de visiteurs passent à l’Eco refuge, ils en apprécient le calme et la beauté qui y règnent, mais une association a besoin d’adhérents, de donateurs pour mener à bien ses projets, alors, si quelques-uns ont envie de nous donner un coup de pouce financier…ils seront les bienvenus… Je peux aussi parfois avoir besoin de bénévoles.

Enfin je pense que la beauté de la Nature peut être salvatrice surtout en cette période de pandémie que nous traversons. Il faut laisser nos esprits se faire capter par un beau coucher de soleil, le vol d’un insecte ou le chant d’un oiseau. Il est de notre devoir de montrer à nos enfants que dans la balance, en face de ce qui est négatif, il y a beaucoup de positif.

Merci beaucoup, Christophe, de nous avoir fait rêver avec tous les noms prestigieux que vous avez évoqués, mais aussi pour nous avoir communiqué cet amour de la nature que l’on sent si profond en vous ; vous nous avez fait voyager des coulisses de la télévision, avec toutes ses paillettes, aux merveilles de la nature si proches de nous et jolies, sans strass. Je ne peux que conseiller à nos lecteurs de se précipiter sur votre site Internet (www.christophelartige.com), ils pourront y apprécier la qualité et la grande variété de vos travaux.

 

(Propos recueillis par Jannick Denouël)

 

L’association « La Nature au Cœur » (lanatureaucoeur@gmail.com) est visible sur Instagram et Facebook.

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