Les pionnières de l’aérostation

Dès l’apparition des montgolfières, les femmes ont ambitionné de voler à l’égal des hommes. Ce ne fut pas facile ; les autorités prétendaient que ces projets étaient contraires à la morale et l’Académie des Sciences affirmait même que les organes féminins n’étaient pas assez solides pour sortir indemnes d’une telle expérience !

Pourtant, le 8 juin 1784, Elisabeth Thible, une lyonnaise, prend place avec Monsieur Fleurant à bord d’une montgolfière baptisée La Gustave en l’honneur de Gustave III de Suède, en visite à Lyon ce jour-là. Elle est l’une des premières femmes aéronautes de l’histoire et la première à avoir effectué un vol en ballon à gaz. Sous le Directoire, Célestine Henry, comédienne célèbre de l’époque, envisage d’embarquer dans un ballon avec André-Jacques Garnerin, aéronaute et premier parachutiste au monde ; l’interdiction en fut tout d’abord décrétée par les pouvoirs publics au prétexte que le vol d’un équipage mixte était réprouvé par la morale et les bonnes mœurs. Cette position sera finalement revue et l’autorisation de décoller accordée. Cette décision fera par la suite force de loi et encouragera les femmes à devenir aéronautes.

On verra apparaître progressivement des « dynasties » d’aéronautes car de nombreuses femmes sont épouses, filles ou nièces d’aéronautes ; ainsi les Garnerin, Blanchard, Robertson, Green, familles d’extraction sociale modeste, ont été parmi les plus connues. Elisa Garnerin effectuera 39 ascensions et sauts en parachute entre 1815 et 1835. Sophie Blanchard devient la première aéronaute à voler régulièrement en tant que pilote ; elle comptera 67 ascensions et descentes en parachutes jusqu’à sa mort accidentelle en 1819 à Paris dans l’incendie du ballon depuis lequel elle tirait des fusées vénitiennes lors d’une ascension nocturne.

Au début de la IIIe République, l’aérostation devient sportive, scientifique et surtout militaire, excluant d’office les femmes. Cependant, bien que moins nombreuses, elles persistent malgré les discréditations de leurs homologues masculins.

En 1909, Marie Surcouf, première femme à obtenir le brevet de pilote sportive, créa la Stella, association regroupant des aéronautes de l’Aéronautique Club de France. Les hommes y étaient admis en tant que membres, sans pouvoir décisionnaire dans l’association ; ils pouvaient accompagner leurs épouses en tant que passagers. En 1911, le club comptait 122 membres dont 79 femmes. Parmi les « stelliennes », une femme exceptionnelle : Marie Marvingt (1873-1963). Surnommée la fiancée du danger, elle est une pionnière de l’aviation en France (car entre temps, les femmes sont devenues pilotes d’avion) et une des meilleures alpinistes du siècle dernier. Licenciée en lettres, parlant sept langues dont l’espéranto, elle est titulaire de trente-quatre décorations dont la Légion d’Honneur et la Croix de guerre avec palmes pour avoir effectué en 1915 la première opération de bombardement d’une cible militaire en territoire occupé, faisant d’elle la première femme au monde engagée dans l’aviation militaire et à effectuer des missions de combat aérien.

Autre stellienne célèbre : Marthe Richer, aviatrice, plus connue sous le nom de Marthe Richard.

Ces femmes pugnaces et combattives ont ouvert la voie à d’autres : Maryse Bastié, Hélène Boucher, Adrienne Bolland, Jacqueline Auriol … jusqu’à Claudie Haigneré, première femme française dans l’espace.

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