Réflexion sur la foi, l’espérance… et la charité

On se souvient éventuellement des « vertus théologales » du catéchisme de notre enfance (édition de 1938) :

   la Foi : croire toutes les vérités enseignées par l’Eglise,

   l’Espérance en la grâce en ce monde et le bonheur éternel dans l’autre,

   la Charité : l’amour de Dieu et de notre prochain comme nous-même,

Après cinquante ans et un concile, cela a tout de même un peu évolué (édition de 2005) :

   la Foi : croire en Dieu et à tout… ce que l’Eglise nous propose de croire : voilà une expression pleine de nuances,

   l’Espérance s’est passablement compliquée : par elle nous désirons et attendons de Dieu la vie éternelle comme notre bonheur, en mettant notre confiance dans les promesses du Christ et comptant sur l’appui de la grâce du Saint Esprit, pour mériter la vie éternelle et pour persévérer jusqu’à la fin de notre vie sur la terre !

   la Charité : pratiquement inchangée mais un commentaire : Jésus en a fait le commandement nouveau, la plénitude de la Loi.

L’étymologie peut sans doute nous aider. Le mot Foi vient du latin « fides » qui veut dire confiance, loyauté et parole donnée qui sont source de confiance. En vieux français le mot s’est déformé : fied au Xe siècle, feid au XIe (chanson de Roland), fei, foy, foi. On peut penser que d’une notion de lien de confiance avec une personne, on est passé, dans l’emploi religieux, à la confiance dans l’Eglise puis à la confiance dans l’enseignement de l’Eglise et donc la croyance aux dogmes… Or avoir confiance en Jésus et en son enseignement semble nettement plus fondamental que de croire à toutes les constructions théologiques et dogmatiques qui ont suivi (mais qui sont très intéressantes…). Tout cela ne peut-il pas amener finalement à confondre la Foi et l’Espérance en une seule vertu de Confiance ? Mais la principale vertu demeure : la Charité.

Jésus lui-même a dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu… tu aimeras ton prochain comme toi-même… Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux là. » (Mc 12,29-31).

La vertu essentielle c’est donc bien l’amour de Dieu et du prochain. Mais pourquoi l’appeler Charité ? Cela vient du latin carus : cher, couteux, aimé dans un sens plutôt d’estimation. La troisième vertu a été exprimée en latin par Caritas devenu charité en français. Le verbe correspondant est amore en latin devenu aimer en français, qui a pris un sens sentimental ou charnel quand il s’adresse à une personne, sens qui ne convient guère quand il s’agit d’adorer ou de vénérer Dieu et de se soucier ou prendre soin de son prochain.

Il reste à préciser : qui est notre prochain ? Pour répondre à cette question, Jésus a raconté la parabole du bon Samaritain (Lc 10, 29-37) qui a pris soin d’un homme blessé sur la route alors qu’un prêtre et un lévite (Judéens) ne s’étaient même pas arrêtés… (Judéens et Samaritains étaient ennemis et se méprisaient). Jésus pose alors autrement la question : « lequel des trois s’est montré le prochain du blessé ? » Cela a trois significations :

   chacun est aussi le prochain de son prochain ; c’est une notion réciproque, comme la proximité,

   le prochain, ce peut être n’importe qui ami ou ennemi,

   chacun décide soi-même qui est son prochain, de qui il doit se soucier, pour qui il doit agir.

 

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