Et Dieu créa la liberté de conscience

Chaque religion a ses fondamentalistes et ses fondamentalismes. Les uns comme les autres prétendent détenir une vérité qu’ils veulent imposer sans écouter et respecter le chemin de la conscience de chaque être humain. Une telle attitude, loin de la liberté que Dieu a voulue, devient un système violent qui exclut et contribue à éloigner beaucoup de la vraie foi. Jésus a tué toutes les prétentions de ceux qui veulent définir qui est sauvé ou comment sauver quelqu’un. Dieu seul connaît les cœurs et il n’est rien de pire quand des « religieux » prennent la place de Dieu pour juger. Nul doute que beaucoup d’athées bienveillants sont signes de Dieu pour remettre en cause les violences des religieux plus ou moins prosélytes !

Un exemple chez les chrétiens :

Une chrétienne Pentecôtiste vient voir sa sœur en fin de vie. Elle se sent en mission de prière pour sa sœur menacée, dit-elle, du feu de l’enfer à cause de tous ses péchés ! Je la croise  en sortant de la chambre. Devant l’urgence, je lui dis de prévenir son enfant adolescent pour qu’il voie sa mère avant la mort. Elle me répond : « mais vous n’êtes pas croyant ? Dieu peut tout, il faut prier pour un miracle ». J’ai dû lui dire que ce n’était pas ma foi. Dieu ne peut pas tout, tout simplement parce qu’il est Amour et que sa création est née de son amour. Dieu ne peut pas tout dans la mesure où il respecte la liberté qu’il a voulue dans sa création, liberté du mouvement dans le cosmos, liberté dans les évolutions de la terre jusque dans nos corps biologiques soumis à la dégradation, liberté surtout dans nos choix et responsabilités, pour le meilleur ou le pire. Je suis d’autant plus navré de cette rigidité qu’elle me tourne le dos en refusant de continuer la conversation et en me lançant un « que Dieu vous bénisse ». Je reste silencieux et triste : Dieu peut-il bénir un refus de dialogue? Certes, il arrive qu’une profonde guérison du cœur se traduise exceptionnellement par une guérison du corps ! J’aurais aimé vivre avec elle le temps d’échange et de prière vécu peu avant pendant une heure trente dans la chambre de sa sœur mourante. Temps pour vivre un chemin de paix et de réconciliation intérieure. Temps du sacrement des malades pour recevoir la force de patience et de bonté de Dieu dans notre faiblesse ! Temps pour s’abandonner avec confiance dans les bras d’un Dieu qui n’est pas le Dieu des morts mais le Dieu des vivants, le Dieu capable du miracle de la croissance de la vie de l’âme pendant que la vie du corps se termine. Loin de ce chemin de douceur, la malade, clouée littéralement dans le lit où elle va mourir, se voit imposée par sa sœur une bible qu’elle doit apprendre par cœur ? Quelle violence ?  Dieu est présence douce dans le cœur, et sûrement pas dans un par-cœur imposé, a fortiori à quelqu’un qui est épuisé.

Un exemple chez les musulmans

Au Pakistan, c’est une chrétienne qui est victime de la rigidité de certains musulmans. Assia Bibi a bu un verre d’eau dans un puits et a été accusée d’avoir contaminé l’eau. Elle a blasphémé en disant à l’accusatrice musulmane que si Mohamed est son prophète, Jésus est le sien. Elle est depuis huit ans en prison, protégée, car elle est menacée par certaines codétenues. Le gouverneur du Pendjab, Salman Taseer, qui la défendait, a déjà été assassiné en 2011, ainsi que quelques mois plus tard le ministre Shahbaz BhattI. Et le jugement qui vient de l’acquitter déclenche des manifestations de tous les intégristes dans le pays, obligeant son avocat à fuir le pays et le gouvernement à reculer sur la libération (1). Je suis persuadé qu’Assia Bibi est cette femme paysanne, vraie martyre, choisie par Dieu pour faire bouger les consciences des hommes qui jugent quelquefois avec tant de fanatisme ! Ironie de l’histoire, la loi sur le blasphème vient des Anglais au XIXème pour protéger la minorité musulmane des Hindous ! Le pouvoir du religieux devient pervers quand il organise l’ignorance et le refus d’une réflexion éclairée pour mieux soumettre les consciences !

  • Depuis la rédaction de cet article, Assia BiBi a été libérée et s’est réfugiée avec sa famille au Canada.

 

Un exemple chez les juifs

Ailleurs, comme dans de nombreuses contrées, c’est l’amour entre deux êtres qui est empêché et interdit. En Israël, par exemple, il est bien difficile à un juif d’épouser une palestinienne. Des deux côtés, un tel amour suscite une levée de boucliers. Le 10 octobre dernier, le mariage très médiatisé, entre Tsahi Halevi, acteur juif israélien et Lucy Aharish, journaliste musulmane arabe israélienne, a suscité beaucoup de haine dans certains milieux extrémistes juifs. Souvent l’union est possible avec l’obligation d’une conversion. Qui sont-ils ces religieux qui manipulent la parole de Dieu, qui s’arrogent le droit d’interdire d’aimer librement, qui dirigent les consciences à ce point ?

Quand il s’agit de se battre contre ce qui trahit la vérité de Dieu qui aime et nous veut libre, je suis croyant au-delà de toutes les différences religieuses, je suis frère universel de chacun pour représenter la Bonté de Dieu qui veut la liberté de conscience pour chacun. Je fais le rêve d’un chemin libéré de tous les jugements sur les autres, de toutes les prétentions à définir par nous-mêmes qui est sauvé, de toute violence pour imposer sa vision de la meilleure loi ou pratique qui nous sauve ?

Dieu, d’une manière définitive, a révélé que seule la vérité de l’amour en acte est chemin de salut. Tout peut se résumer dans ce dialogue d’or entre Jésus et un scribe. (Marc XII, 28-34) :

… « En ce temps là, un scribe s’avança vers Jésus pour lui demander: « quel est le premier de tous les commandements? ». Jésus lui fit cette réponse: « voici le premier : Écoute Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. ». Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu dis vrai : Dieu est unique et il n’y en a pas d’autre que Lui. L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices.» Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n’es pas loin du Royaume de Dieu ». Et personne n’osait plus l’interroger. »…

 

Père  Baudoin.

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