Une solidarité en mouvement : le RUGBY

Nous venons tout juste de tourner la page (on peut même ajouter plutôt belle) de la coupe du Monde de rugby et avons encore plein les yeux et la tête ces longues chevauchées de Vincent Clerc, les plaquages « de guerrier » de Thierry Dussautoir ou encore les lumineuses passes distillées par Morgan Para. Nous avons aussi et surtout à l’esprit l’image parfaite de ce que peut représenter la solidarité dans le sport. Dimitri Yachvili le demi de mêlée de l’équipe de France, lucide après le match gagné de justesse contre le Pays de galles, match qui ouvrait la porte à la finale, le disait lui-même : « ce n’est pas le rugby qui nous a qualifiés, mais la solidarité, l’état d’esprit ».

Tentons d’expliquer : un joueur seul, aussi bon qu’il puisse être, ne pourra pas faire grand-chose, en tous les cas pas gagner le match grâce à son talent. Il faut qu’il soit solidaire, capable d’aider un autre joueur à un moment donné, car c’est sans doute lui qui sera soutenu plus tard par ce même coéquipier dans un autre secteur de jeu. Dans ce sport de combat, plus que dans aucun autre, il y a une place pour chacun en fonction de sa morphologie, de ses qualités en terme de vitesse ou de puissance et de son intelligence de jeu ; ainsi le « petit » (c’est très relatif, ils mesurent presque tous plus de 1.80 m) pourra courir vite ou « feinter » rapidement un plus costaud, qui sera lui-même capable de pousser très fort en mêlée, le grand trouvera lui sa place dans l’alignement, en touche, où sa haute taille permettra de capter un ballon, parfois si capricieux, lancé par son talonneur qui a lui-même appris par cœur tous les codes de lancer, bref, tous les gabarits ont leur place dans une équipe.

DES TROISIEMES MI-TEMPS SOLIDAIRES…

Avant le match, surtout quand ils sont internationaux, on peut déjà voir les joueurs serrés les uns contre les autres, sans doute un signe montrant qu’ils comptent vraiment sur le voisin, chanter à tue tête les hymnes, puis se regrouper en cercle dans leur partie de terrain, histoire de sentir une dernière fois avant le coup d’envoi, la main, le bras, l’épaule du partenaire. Le jeu lui-même respire la solidarité. Les moments où les joueurs sont regroupés, mêlées ouvertes ou fermées, touches, sont multiples et permettent des regroupements dans lesquels l’esprit solidaire est primordial : quand un joueur tombe, son premier souci est de libérer « proprement » le ballon pour que ses partenaires puissent l’utiliser ; pour cela il est instantanément soutenu, par un, puis deux ou trois de ses coéquipiers qui vont lui apporter l’aide nécessaire. Si, parfois, un poing de l’équipe adverse s’égare et vient, malencontreusement, terminer sa course sur le visage d’un partenaire (ça peut arriver), on peut être sur que dans la seconde qui suit tous se ligueront pour venir défendre le joueur ciblé. Remarquons au passage que le rugby reste un sport solidaire même vis-à-vis des adversaires ou de l’arbitre : on ne voit pratiquement jamais un joueur faire un mauvais geste envers un autre ou discuter une décision arbitrale, c’est sans doute la marque d’un profond respect que les éducateurs enseignent aux jeunes rugbymen.

Quand un essai est marqué, c’est rarement le fait d’un seul joueur, mais plus souvent le résultat d’un long travail de préparation, le fruit d’une succession de passes, la conséquence de « sacrifices » consentis par un joueur qui s’est complètement oublié pour ne penser qu’à l’équipe. Enfin, ce bel esprit de solidarité se manifeste aussi après le match au cours de très longues « troisièmes mi-temps », il faut bien avouer pas toujours pour toutes les oreilles, mais dans lesquelles les rugbymen aiment à faire la fête, encore une fois ENSEMBLE. Pendant ces soirées, au cours desquelles ils refont le match, tout à la joie de se retrouver autour d’une bonne table, ils aiment chanter, trinquer, blaguer, bref faire la fête, c’est aussi ça l’esprit rugby…

Jannick Denouël

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